Lindemann, "Skills in Pills" - L'Antre de Bloodwitch

dimanche 12 janvier 2020

Lindemann, "Skills in Pills"

Pochette de Lindemann - Skills in Pills
Lindemann - Skills in Pills
Lindemann, c'est le projet fou entre Till Lindemann, leader du groupe Rammstein, et Peter Tägtgren de Pain et Hypocrisy (entre autres, car il en a fait des choses !). De cette collaboration est né un premier album en 2015 nommé "Skills in Pills". Et le moins que l'on puisse en dire est qu'il plaira forcément aux amateurs de Rammstein comme à ceux de Pain, mais il ne convaincra pas forcément les amateurs de Metal Industriel.

Contenant 11 titres, cet album se caractérise par des paroles écrites par Till et une musique pensée par Peter, qui ne réinventent clairement pas le genre, mais qui apporte une petite pierre intéressante de par le mix que représente la collaboration entre les deux artistes. Le tout donne un résultat plutôt intéressant, un mélange ingénieux entre les projets musicaux appartenant au départ à chacun des deux protagonistes. Et on a vraiment ici un mix entre les deux, ni plus, ni moins, il ne faut pas s'attendre à autre chose. Mais, parce qu'il y a un "mais" : Till chante en anglais. On a déjà eu l'occasion de l'entendre s'essayer à la langue de Shakespeare, notamment dans la reprise de "Stripped" de Depeche Mode (à écouter ICI). Et il faut reconnaître l'évidence : Till n'est pas des plus à l'aise avec cette langue. L'idée était de s'écarter au maximum de ce que l'on peut entendre chez Rammstein, mais ce n'est pas vraiment une réussite pour le coup, et aura tendance à perturber lors de la première écoute. Cela dit, on finit par s'y habituer malgré tout.

"Skills in Pills" débute donc sur le titre éponyme de l'album. Les deux compères ont décidé de donner les informations au compte-goutte à son sujet, aussi au départ n'avons-nous eu droit qu'à un extrait de ce titre, et seulement en version instrumentale, mais déjà diablement efficace aux oreilles (à réécouter ICI). Et finalement, c'est "Praise Abort" qui est devenu le premier véritable single de Lindemann, tandis que le groupe a, au fil des semaines, égrené des extraits instrumentaux de chacun des morceaux de cet album. On tient ici un titre plutôt rapide, mais aussi mélodique, de sorte que l'on en retient facilement l'air.

Le second titre, "Lady Boy", est tout aussi puissant que "Skills in Pills", mais un peu plus lent. Plus lourd aussi, forcément. L'ambiance sur ce titre est pesante, et ce n'est pas le petit rire de Till à la fin du morceau qui va nous mettre à l'aise. Tandis que le morceau précédent rappelle fortement le son inhérent à Rammstein, ici on a davantage la signature du multi-instrumentiste Peter Tägtgren. Quoi qu'il en soit, le refrain est tout aussi facile à imprimer.

"Fat" prend la continuité de "Lady Boy" dans la lenteur et la lourdeur, avec un ajout de sonorités qui rend l'ensemble très symphonique grâce à la présence des violons. On aurait presque là un véritable hymne, qui surprend après la froideur apparente des deux titres précédents.

Vient ensuite "Fish On", au refrain on ne peut plus efficace, et dont le clip qui l'accompagne est tout de même très curieux (à voir ICI). Mais celui-ci est en réalité un écho très correct aux paroles de ce morceau qu'il illustre, qui met en relief l'addiction de Till pour les femmes.

En ce qui concerne "Children of the Sun", il y a peu de choses à en dire. Un refrain accrocheur, quelques envolées lyriques intéressantes de la part de Till, et cela s'arrête à peu près là. Non pas que ce titre est dénué d'intérêt, ni même qu'il fait office de remplissage, car chacun des morceaux de cet album peut complètement servir de single, mais je ne vois rien de bien particulier à souligner ici.

"Home Sweet Home" est une balade, la première de cet album qui en compte trois en tout (pour sa version deluxe). Un beau titre, au travers duquel on ressent toute la fragilité que Till est capable de donner dans son chant. On ressent une forte émotion, tant à travers la mélodie qu'au travers des paroles, et on ne peut en ressortir complètement indemne.

On enchaîne avec ce qui restera sans doute mon titre préféré de Lindemann, "Cowboy". De la rythmique au refrain en passant par les paroles complètement WTF, j'adore littéralement ce morceau, que je trouve très différent de tous les autres de "Skills in Pills". Je ne saurais même pas définir son style musical, mais je le trouve terriblement efficace, y compris le passage - très court - du banjo auquel on ne s'attend absolument pas. Comme si d'un seul coup on écoutait complètement autre chose.

"Golden Shower" nous fait changer d'atmosphère, on revient ici sur une sonorité plus lourde, notamment passées les 35 premières secondes. Et quand le chant de Till débute, à la 50ème, le titre en devient presque malaisant. Cependant, l'ensemble est intéressant à écouter, et le refrain est, comme pour tous les titres de cet album, particulièrement accrocheur. On retrouve quasiment du Rammstein ici en fait. Et puis la prose empruntée par Till, plus fleurie encore que pour les autres morceaux, elle prête à sourire de bon coeur.

"Yukon" est la seconde balade de cet album, et nous rappelle que Till est un amoureux de la nature. En effet, il s'agit ici de rien de moins qu'un hymne à la rivière qui porte le même nom que le titre de ce morceau. Le refrain se fait grandiose, et on a l'occasion d'entendre ici sans doute le plus beau de l'album. Et forcément, on ne s'attend pas, une fois les dernières secondes de ce morceau passées, à entrer dans l'univers si différent du titre suivant.

"Praise Abort" n'aurait pas dû être le premier clip de cet album, et pourtant, c'est ce morceau qui a été choisi. Et le clip lui-même, très dérangeant par ailleurs, met complètement en valeur l'ironie et la provocation du titre, bénéficie aussi d'une imagerie que je trouve très intéressante, avec notamment un Till grandiloquent dans son costume blanc, qui lui va très bien par ailleurs. Le clip est à (re)voir ICI. Ce titre est l'un des plus marquants de "Skills in Pills", et on comprend après l'avoir écouté qu'il ait finalement été choisi pour être le premier à bénéficier d'un clip. Les paroles sont tordantes d'ironie, absolument rien à voir avec "Yukon". On retrouve un Till au meilleur de sa forme, comme au début de l'album. Le passage le plus marquant de ce morceau sera sans doute son pont, avec son rythme plus lent encore, et ses choeurs dérangeants au possible.

L'album, dans sa version deluxe, se termine sur "That's my Heart", la troisième et dernière balade. Ce qui nous fait encore un grand écart, du même titre que celui présent entre les deux morceaux précédents. Ce titre rappelle vraiment "Yukon", de par sa dimension grandiose. Les envolées vocales de Till en fin de refrain valent vraiment d'y jeter une oreille, ainsi que ses passages chantés avec une voix beaucoup plus posée, qu'on entendra finalement peu tout au long de cet album, et que l'on n'entend plus tellement au sein de Rammstein depuis pas mal d'années maintenant.

Pour finir, je dirais que chacun des titres de cet album doit être pris pour ce qu'il est : un single en puissance. Soyons honnête, il n'y en a pas un qui ne ferait pas un bon single dans cet ensemble, et ils passeraient tous clairement l'épreuve de la scène sans aucune difficulté. "Skills in Pills" n'est pas l'album de l'année 2015, mais il vaut le coup d'y jeter une oreille attentive. Même si le duo formé par Till et Peter n'a rien de réellement novateur, l'univers qu'ils proposent ici n'est clairement pas le fruit du hasard, on sent qu'il y a eu un véritable travail pour le créer.

Comme je vous propose cette chronique alors que le second album des deux amis est déjà sorti (chronique à (re)voir ICI), je ne peux que vous conseiller d'aller écouter ce second album, même si vous n'avez pas apprécié "Skills in Pills", car "Frau Und Mann" est à mon sens plus abouti.

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