Le choix de l'auto-édition - L'Antre de Bloodwitch

dimanche 15 décembre 2019

Le choix de l'auto-édition

Les livres de Bloodwitch Luz Oscuria
Mes livres à ce jour

Choisir l'auto-édition pour sortir ses livres n'est pas un choix aisé à prendre. Du haut des 7 ouvrages que j'ai réalisés à ce jour, tous en auto-édition, je pense être en mesure d'expliquer en quoi l'auto-édition n'est pas forcément ce que vous imaginez.

En effet, pour beaucoup, l'auto-édition, c'est la facilité, voire c'est l'amateurisme. En effet, je vous accorde le point sur le fait qu'un livre sorti avec le logo d'une maison d'édition fait visuellement plus professionnel, c'est certain. Mais je vais me faire l'avocat du diable, car je serais davantage pour défendre la démarche de l'auto-édition, qui n'est à mon sens pas moins professionnelle que d'envoyer son manuscrit aux maisons d'édition, avec l'espoir (souvent vain, soyons réaliste) que l'une d'elles donnera son aval.


Le premier avantage de l'auto-édition, c'est que l'auteur garde ses droits sur le texte qu'il a écrit. Vous l'ignorez peut-être, mais quand vous cédez votre ouvrage à une maison d'édition, vous lui cédez l'intégralité de vos droits dessus. La maison d'édition peut ainsi modifier vos écrits comme bon lui semble, sans vous demander votre avis, et c'est également elle qui décidera de votre couverture, du texte qui fera office de synopsis, et même du titre. Mais en plus, sur le prix total que votre livre sera vendu, vous n'en retirerez qu'une maigre compensation. Oui, je parle de compensation, car il ne s'agira que de quelques centimes par exemplaire, la maison d'édition se garde le plus gros du gâteau (qu'elle devra tout de même partager avec son imprimeur, cela va de soi). Pour l'auteur, il ne retire qu'un petit 10%, au mieux du mieux puisqu'en réalité, c'est moins.


En d'autres termes, en passant par une maison d'édition, le grand perdant est l'auteur lui-même. Nous vivons dans un monde dans lequel l'argent est roi, au détriment de l'art et de la pensée, et de donner la chance à tout le monde de faire ce qu'il a envie de faire. Vous trouvez cela normal ? Pas moi. Et c'est la raison principale pour laquelle j'ai choisi l'auto-édition et ce, depuis mon premier roman, "Nuit sur Pandémonia", sorti en décembre 2013. Depuis, 6 autres livres sont sortis, et je ne compte toujours pas en 2019 remettre en cause ce choix que j'ai fait, en toute connaissance de cause, de ne pas envoyer le moindre de mes manuscrits à une quelconque maison d'édition. Sans doute aurais-je davantage de succès si j'avais choisi la facilité de me "faire aider" (si tant est qu'être épaulé par une maison d'édition puisse être vraiment une aide, étant donné la contrepartie), mais je préfère choisir l'authenticité de ce que je veux proposer aux lecteurs, plutôt que de voir mon travail modifié juste pour correspondre à la maison d'édition qui m'aurait acceptée. Je n'écris pas pour les maisons d'édition, j'écris pour les lecteurs, et aussi pour moi. Quitte à vendre moins, quitte à prendre davantage de temps pour que mon nom puisse circuler puisque personne ne m'aide. Mais je fais ce que je veux faire, et c'est le plus important.


Les livres auto-édités ne sont pas bien vus de tous, je le sais, et il suffit de voir le scandale qu'il y a eu lors de l'édition 2018 du prix Renaudot pour s'en rendre compte. En effet, un livre auto-édité s'est miraculeusement retrouvé parmi les sélectionnés pour ce prix l'année dernière. Le Syndicat de la Librairie Française s'est tellement soulevé afin d'éviter le désaveu qu'un livre qui n'est pas passé par le circuit classique des maisons d'édition puisse remporter le prix, que celui-ci a été mis au rebut. Et au final, c'est un livre qui ne faisait même pas partie de la sélection originelle qui a remporté le prix. Quant à l'auto-édité qui s'est retrouvé catapulté parmi les sélectionnés, il en a tout simplement été exclu. Il suffit de voir le traitement de l'information, par Telerama pour ne prendre qu'un exemple (ICI), pour constater que le roman de Marco Koskas ne figure nulle part. Il en faisait pourtant bel et bien partie, comme on peut le voir du côté de Babelio (ICI).


Le Figaro, quant à lui, a traité cela d'une autre façon, en se penchant réellement sur le "problème" posé par ce choix, à voir ICI. A la lecture de ce dernier article, vous constaterez que les auteurs auto-édités deviennent presque des menaces pour l'édition. Si nous sommes honnêtes deux minutes, nous ne pourrons que constater la mainmise des maisons d'édition sur la remise des plus grands prix, balayant sans vergogne les auteurs qui, par choix ou non, s'auto-éditent. En effet, il faut reconnaître que si un livre auto-édité remportait un prix aussi prestigieux que le Renaudot, cela afficherait aux yeux de tous qu'un ouvrage auto-édité peut autant valoir qu'un autre qui ne l'est pas. Et, de fait, peut avoir pour conséquence que les lecteurs pourraient se tourner davantage vers les premiers, au détriment des seconds, d'autant plus que la qualité d'impression n'est pas forcément moins bonne chez un imprimeur indépendant. Ca ferait tâche, un tel retournement de situation, n'est-ce pas ? CQFD. Et pourtant...



Photo du livre physique "De Retour des Ténèbres", de Bloodwitch Luz Oscuria
Une qualité d'impression digne d'une maison d'édition - Ici, un résultat de l'imprimeur TheBookEdition, basé à Lille

Mais revenons à nos moutons. Le second avantage de l'auto-édition, c'est que l'auteur garde le contrôle sur la totalité du processus, de l'écriture jusqu'à la publication de son texte. Hormis l'impression, qu'il se voit obligé de confier à un imprimeur, à moins d'être déjà équipé chez lui (il doit sûrement en exister). L'écriture, la relecture, la correction, la mise en page, la couverture, la moindre mention qui se trouve dans les pages du livre final sont l'oeuvre de celui qui a écrit le texte, et il n'y a rien de plus authentique que cela. Cependant, il faut bien sûr posséder un minimum de qualités, voire de talents, pour produire un livre à l'image de celui que pondrait une maison d'édition qui en a les moyens.


Eviter les fautes de conjugaison, de grammaire et de syntaxe, respecter à la lettre la mise en page. Non, un chapitre ne commence pas sur une page de gauche, et oui, celles de droites doivent impérativement être impaires. Non, la numérotation visuelle ne commence pas dès la première page, et oui, le nombre de pages physiques d'un livre se doit de respecter un multiple de 4. Avoir l'imagination, non seulement de rédiger une histoire cohérente sans se perdre entre les personnages, les lieux et les années. Mais aussi, connaître les règles pour créer une couverture propre et qui contienne bien toutes les mentions obligatoires, comme le code-barre dont on ne peut pas inventer les chiffres de l'ISBN (il y a donc une dimension administrative en plus de la littéraire, eh oui), le prix qui doit être réfléchi pour n'être ni trop haut ni trop bas, la mention "texte intégral" que certains oublient... Car, c'est bien beau de savoir écrire une histoire, mais l'auto-édition, ce n'est pas que cela.


Et peut-être que certains auto-édités qui n'ont pas à coeur de respecter au détail près toutes ces petites règles, sont-ils en partie responsables de la mauvaise image de l'auto-édition auprès de beaucoup de gens. Un effort serait à faire chez certains parmi eux, mais je trouve que le plus gros de l'effort, ce serait aux libraires de le faire. Proposer autant de livres auto-édités que de livres édités en librairie n'est pas un affront, sauf pour les maisons d'édition qui se sont persuadées qu'un livre ne peut avoir de succès sans elles ("Harry Potter" de J.K. Rowling et "Cinquante Nuances de Grey" de E.L. James, pour ne citer qu'eux, on en parle ? Le premier a été refusé par une dizaine de maisons d'édition, rien que ça ! ;-) ). Les maisons d'édition et autres libraires devraient avoir honte de la façon qu'ils ont de traiter les auteurs, ni plus ni moins.


Mais les maisons d'édition ont tout de même une chose pour elles : elles simplifient le processus de création d'un livre, puisque c'est elles qui s'en chargent, et l'auteur peut ainsi entièrement se consacrer à ses rédactions. Vous avez juste à leur envoyer le manuscrit de votre texte, et si vous êtes accepté, elles feront tout le reste et assureront même votre promotion. Mais, si on y réfléchit bien, vous n'aurez à aucun moment votre mot à dire, pas même sur le titre de votre oeuvre, et même récupérer votre texte si la maison d'édition ne fait finalement pas comme vous auriez aimé qu'elle fasse, ce sera compliqué (je le sais de source sûre, d'un auteur qui s'est justement battu pour ça).


Est-ce ainsi que vous concevez le métier d'écrivain ? Personnellement, je ne le vois pas comme ça. Je tiens à garder le contrôle sur mon travail, du texte à la couverture en passant par le titre, la date de sortie, les canaux de distribution, même si mon choix de rester indépendante signifie que je dois faire bien plus que simplement écrire mon texte. Je "perds" du temps que je pourrais passer à continuer d'écrire, en faisant mes relectures, corrections, couvertures, promotions moi-même. Mais si tel est le prix à payer pour ne pas perdre la face et que mes livres me ressemblent vraiment, je suis prête à le payer. Je le fais depuis 6 ans, et je ne compte pas revenir sur cette décision.


Et que l'on ne vienne pas me dire qu'une maison d'édition, c'est forcément gage de qualité. C'est faux et archi-faux ! Pour exemple, je pourrais vous donner un livre écrit par l'un de mes amis et une autre personne. Il s'agit de "Les Vampires" de Bruno Lapeyre et Jean-Marie Beurq, sorti aux éditions Claire Vigne en 1995. Ce livre est très mal édité, et blindé de fautes en plus de ça. Pourtant, ce n'est pas un auto-édité. Donc non, maison d'édition ne rime pas forcément avec qualité. Mais en plus, si vous désirez vous le procurer, que ce soit pour la curiosité de vérifier le raté de la maison d'édition, ou pour lire ce qu'il contient (qui est vraiment digne d'intérêt par ailleurs), ne vous leurrez pas. Sorti il y a plus de 20 ans, ce livre n'est aujourd'hui plus édité.



Couverture de "Les Vampires", de Jean-Marie Beurq et Bruno Lapeyre
"Les Vampires", de Jean-Marie Beurq et Bruno Lapeyre

Eh oui, les maisons d'édition ont le droit de vie et de mort sur les livres, et dès lors qu'elles décident de stopper la production de l'un d'eux, vous ne pourrez plus compter que sur les reventes et autres brocantes pour dénicher ce que vous voulez, et pas toujours en très bon état. Contrairement aux livres auto-édités, que ce soit par Amazon, Kobo Fnac, BoD ou autres, qui resteront disponibles tant que l'auteur lui-même ne les aura pas retiré de la vente (et en principe, il ne le fera pas). Et en prime, vous aurez forcément le loisir de trouver votre livre en état neuf, tout juste fabriqué exprès pour vous. Une possibilité qu'aucune maison d'édition ne peut vous proposer.


Je ne cherche pas spécialement ici à vous convaincre qu'un livre auto-édité est forcément meilleur qu'un livre sous l'étendard d'une maison d'édition. Néanmoins, je tiens à dire qu'un livre auto-édité peut être tout aussi intéressant et peut autant vous faire voyager qu'un livre "classique". Quant à moi, j'ai cette fierté de pouvoir dire que mon travail d'écrivain, ma vocation depuis que je suis petite, je l'exerce comme je l'entends, avec toute la liberté qu'un auteur avec une maison d'édition derrière ne peut avoir, et avec joie.


* Retrouvez l'ensemble de mes livres sur les liens suivants : 

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